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#19 - Comment transcender l'envie et la jalousie

Comment transcender l'envie et la jalousie ?

Jeu de piste dans l'estime des autres et de soi-même

Nous avons tous au moins un jour expérimenté la cruelle morsure de l’envie. Cela arrive souvent brutalement. Justement, ce jour-là, nous allions plutôt bien. Nos pensées étaient neutres voire positives et nous étions somme toute assez contents de nous-mêmes. C’est alors que notre chemin a croisé celui d’une personne dont le parcours symbolise LA réussite, telle que nous l’imaginons dans les rêves les plus intimes. Amour, gloire, richesse ou beauté se sont incarnés sous nos yeux. Et nous voilà sidérés, pétrifiés, horrifiés avec le sentiment qu’une autre existence est possible et que la nôtre, en comparaison, est trop minable. Car sous la cuisante morsure de l’envie, nos sentiments s’exacerbent. Ô rage, Ô désespoir, l’estime que nous nous portions est en chute libre : modestie, petitesse, médiocrité puis s’écrase à l’étage : « Nullité la plus totale » lorsque vient s’ajouter la honte d’éprouver un sentiment si mesquin qu’on ne pourrait l’avouer à personne. Parallèlement, nous pouvons prendre pleinement conscience de notre vulnérabilité car nous venons d’être détruits, anéanti par quelqu’un d’autre sans même avoir été concrètement agressé. Comment en sommes-nous arrivés là ?

 

L'envie est un mécanisme de protection de l'égo

La vie de tous les jours nous amène à faire des comparaisons, à émettre des jugements et à nous affirmer vis à vis des autres. À travers nos échanges et interactions avec notre entourage, nous établissons un équilibre entre l’estime que nous portons aux autres et l’estime que nous nous portons à nous-mêmes et pour notre sérénité quotidienne, nous nous efforçons de garder cet équilibre stable. L’envie est un mécanisme de défense qui se déclenche lorsque ce fragile équilibre est brutalement rompu par une comparaison trop dévalorisante. C’est une tentative maladroite pour récupérer la confiance et l’estime de soi. L’envie est condamnée par la société et à juste titre car c’est un sentiment très destructeur. Mais c’est un sentiment humain, alors la société elle-même doit créer ses modèles, idoles suffisamment inaccessibles pour alimenter nos rêves sans susciter de comparaison envieuse. Et pour canaliser cette agressivité en une saine émulation, la société a de tous temps organisé ses compétitions officielles avec des règles précises de comparaison, depuis les tournois de chevalier d’hier aux coupes du monde d’aujourd’hui.

 

Quand le bonheur des uns fait le malheur des autres

Mais l’envieux se rebelle devant les règles sociales qui veulent qu’on respecte les normes imposées de la compétition et qu’on applaudisse le vainqueur. Toute forme d’auto critique objective serait le coup de grâce pour son égo délabré. Alors, il préfère croire que tout a été facile pour celui qu’il envie et oublie de prendre en compte les moyens que l’autre s’est donnés, le prix qu’il faut payer pour atteindre ce degré de réussite. Peu importent aussi les états d’âme de son modèle, pour l’envieux, seul compte le résultat qui s’affiche insolemment. Voilà pourquoi, dans les cas extrêmes, l’envie peut virer à l’obsession et pourquoi même en ayant réussi soi-même, on peut rester envieux de la réussite des autres.

 

Pour transformer l'envie en jeu de piste, suivez les flèches

Aussi douloureuse soit-elle, l’envie a le mérite de signaler un problème. Dans sa brutalité, elle nous invite à nous rendre des comptes au sujet des rêves et des objectifs que nous nous étions fixés. C’est comme si l’envie nous rappelait les promesses que nous nous étions faites. C’est un point de rencontre avec nos possibles oubliés. A chaque fois que nous avons fait un choix, nous avons du éliminer les autres possibilités. L’envie se manifeste pour nous indiquer que nous n’avons pas fait le deuil d’une option que nous avons pourtant écartée. Comme un carrefour, l’envie peut devenir le point de transit vers d’autres sentiments et générer une émulation, un abandon ou une réconciliation avec nos propres choix. « A l’époque où j’ai renoncé à passer ce concours d’admission, mon premier enfant venait de naître et je voulais être disponible pour lui. J’aurais pu faire la même carrière que la personne que j’envie mais j’en aurais souffert dans ma vie familiale. Mon choix à moi a été de donner la priorité à ma vie privée. »

 

Si le rêve retrouvé vous tient encore vraiment à cœur, explorez ce qu’il reste réalistement possible de faire. Même s’il est objectivement trop tard pour devenir juriste, météorologue, danseur étoile ou pianiste professionnel, vous pouvez néanmoins en faire votre violon d’Ingres. Clubs d’amateurs ou cours du soir, il n’est jamais trop tard pour se faire plaisir et commencer à vivre ses passions. Utilisée ainsi, l’envie permet de mieux se connaître, d’être en accord avec ses choix de vie ou de commencer à réaliser ses rêves. Quel profil me rend envieux ? Quel type de réussite affichée me fait souffrir ? De quels possibles n’ai-je pas encore fait le deuil ?

 

En apprenant à fonctionner ainsi, vous découvrirez que l’envie est finalement un sentiment très utile pour guider vos choix et vous aurez sûrement envie de remercier ceux qui affichent de si belles réussites et qui vous prouvent que c’est possible d’y arriver.

 

Et vous, par qui êtes-vous envié ? Quelles sont les belles réussites que vous affichez ? Car les antidotes à l’envie sont le courage, le sens de la compétition et de la justice et surtout la conscience de votre propre valeur.

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Commentaires: 5
  • #1

    Josephine Vallecillo (jeudi, 19 mai 2022 11:38)

    Intéressant

  • #2

    Nathalie (vendredi, 20 mai 2022 06:01)

    Merci Christel !
    Une belle piste de réflexion, ce point de vue !
    Faire qqch d'intelligent de ce sentiment très désagréable, j'adore.

  • #3

    Muriel (mercredi, 25 mai 2022 14:53)

    Bonjour, j'ai deux questions...

    1. Pourquoi la compétition est-elle un antidote à l'envie ? Je trouve ceci un peu paradoxal, en ce que la comparaison repose précisément sur la comparaison des résultats ou positions de chacun, et c'est justement cette comparaison (lorsqu'elle est défavorable) qui alimente l'envie... Si on cessait de considérer que la seule place valable est sur le podium, ne réduirait-on pas le phénomène d'envie ?

    2. La fin de l'article s'oriente sur le "point de rencontre avec nos possibles oubliés": en gros, quand le sentiment d'envie nous aide à prendre conscience de nos propres envies non satisfaites.
    Mais que faire des envies plus banales et plus douloureuses, celles dont l'origine n'a rien de caché, celles qui ne peuvent pas se rejouer dans la cour des amateurs?
    Comment bien vivre de voir des mamans joyeuses autour de soi quand on a passé l'âge de procréer et qu'on n'a pas réussi? Que faire du sentiment d'envie devant les amis qui construisent des couples durables et épanouis pendant qu'on va de désastre en désastre ? Que faire de l'envie qu'on ressent vis-à-vis des gens qu sont en santé, quand on est malade et qu'on n'arrive pas à remonter la pente ? Que faire de l'amertume liée aux comparaisons financières, quand on voit des amis s'offrir ce à quoi on ne peut pas rêver?
    Bref: comment faire pour que ce sentiment "qui pique" ne vienne pas nuire aux belles relations, alors même qu'il est difficile d'en faire quelque chose de positif ou de consolateur?

    Par avance, merci!

  • #4

    Catherine (mardi, 07 juin 2022 18:01)

    Bonjour!
    Merci pour cette piste..
    Et je rejoins Muriel... que faire de l'envie que je ressens lorsqu'il ne s'agit pas d'un choix personnel?
    Par exemple, d'avoir tout donné pour une activité indépendante qui répond à mon rêve et ne pas avoir de réussite (pas suffisamment de clients)... et voir d'autres qui tout naturellement reprenne une idée que j'ai eue il y a 10 ans et pour qui ça marche sans "rien faire"?
    En tout cas, le processus est bien décrit, car c'est vrai que c'est un sentiment qui apparait souvent alors que je me sens bien et heureuse, juste par une rencontre ou une phrase banal prononcée sur la réussite de quelqu'un.

  • #5

    Sylvie d’Aragon (mardi, 19 décembre 2023 12:14)

    Quand on parle d’une personne au cheminement enviable, il me semble que c’est une déclaration positive qui reconnaît son succès, sans qu’on soit rempli de sentiments négatifs envers soi-même ou envers cette personne. Dire qu’on souhaiterait être né riche, qu’on envie ceux qui ont cette chance, est tout simplement honnête. Il n’est pas négatif, à moins que ce soit au point de nous rendre misérable et insatisfait de nous-mêmes, allant jusqu’à souhaiter malheur à ces personnes. C’est lorsque ce sentiment est vécu à excès, qu’on le nourrit et qu’on agit pour nuire qu’il devient pathologique et néfaste.