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#23 - Bien apprendre en quatre étapes

Bien apprendre

Les quatre étapes d'un apprentissage

Apprendre est naturel aux enfants. Ils trouvent normal de ne pas savoir, puisqu'ils sont tout jeunes et qu'ils ont tout à apprendre. Curieux de tout, jamais découragés, les cinq sens en éveil, ils captent l'information, testent, ratent et recommencent inlassablement. Mais plus ils grandissent, plus apprendre leur devient difficile et rébarbatif, plus tôt dans le processus arrivent le découragement et le renoncement. Pour certains adultes, se retrouver à nouveau en situation d'apprentissage est tellement angoissant qu'ils préfèreront s'abstenir. Comment expliquer une telle évolution négative ?

 

J'suis nul !

Dès le début de sa formation, l'aspirant apprenti est confronté à ses propres limitations. Or, les adultes ont plus de mal que les enfants à admettre leur incompétence et se retrouvent rapidement dans le jugement de valeur vis à vis d'eux-mêmes lorsqu'ils découvrent leur ignorance. De plus, il existe des domaines où les humains s'imaginent qu'ils devraient tout savoir spontanément sans rien avoir appris. La sexualité et la communication, notamment font partie de ces sujets où l’on croit ne pas avoir besoin d’apprendre. Souvent, lors de mes stages, les participants sont atterrés de découvrir leurs lacunes en communication.

 

Alors, pour ne plus confondre "être incapable" et "ne pas avoir appris", et retrouver le plaisir d'apprendre, je vous propose de ré-apprivoiser l'apprentissage par la découverte de ses quatre étapes, dont vous ne pouviez pas deviner l’existence.

1. Inconsciemment incompétent

Cette première étape d'un apprentissage est la suivante : « Je ne sais pas que je ne sais pas ». « Inconsciemment incompétent » veut simplement dire que je ne prête pas attention à cette incompétence. Par exemple, je ne sais pas jouer au tennis et cela ne m'empêche pas de dormir ! Je vis donc très bien avec cette incompétence latente. Comment pourrais-je chercher à apprendre quelque chose que je ne sais pas ne pas savoir ? En revanche, si des amis me proposent de les accompagner au tennis, je vais brusquement réaliser que je n'y connais rien. Mon incompétence deviendra consciente et j'entrerai alors dans la deuxième étape de l'apprentissage.

 

2. Consciemment incompétent

Cette fois, « je sais que je ne sais pas » ! Cette prise de conscience crée le déclic d'apprentissage, surtout si la compétence visée paraît utile ou agréable à posséder ! Malgré tout, beaucoup de gens sont mortifiés de découvrir leur ignorance et effectuent aussitôt le raccourci mental : je ne sais pas donc je suis nul. C'est ainsi qu'ils bloquent net le démarrage de leur apprentissage. Pour déclencher votre apprentissage en douceur, je vous invite à vous placer dans une attitude de non-jugement et de bienveillance avec vous-même, d'autant plus que dans l'étape suivante, une autocritique trop virulente se révélerait vite particulièrement décourageante et inhibante.

3. Consciemment compétent

Maintenant l'apprentissage est en cours d'acquisition et il mobilise la mémoire de travail. Cette fois, « je sais que je sais » parce que je suis obligé de focaliser toute mon attention sur ce que je fais.

A cette étape, on perd tout son naturel. C’est nécessaire pour faire de la place à de nouvelles compétences. Certains ont peur de ne plus être eux-mêmes. Pourtant, rappelez-vous vos premières leçons de conduire : conduire une voiture ne fait pas non plus partie des compétences spontanées ! Comme c'était compliqué au début. Peu à peu, avec l'habitude, se développeront de l'endurance et du naturel dans la nouvelle façon de faire. Pendant toute une période, on oscille entre incompétence et compétence en étant conscient de ses progrès. C'est la dynamique essai-erreur typique de l'apprentissage. Les erreurs sont ainsi des opportunités d'apprendre.

Alors, armez-vous de patience et d'endurance, c'est le seul gage d'atteindre un jour la dernière étape.

4. Inconsciemment compétent

Peu à peu, les nouveaux savoir-faire vont s'automatiser et ne plus mobiliser toute l'attention. Les choses vont devenir faciles, évidentes. Un jour, on se rend compte qu'on n'a même plus besoin de réfléchir à ce que l'on fait. Il devient même difficile de re décomposer des gestes totalement automatisés. L'exemple le plus évident de compétence inconsciente est l'habileté à nouer ses lacets. C'est lorsqu'on veut l'enseigner à un enfant qu'on se rend le mieux compte à quel point cette compétence est automatisée. Bref, on ne sait plus qu'on sait faire.

 

 Les gens perfectionnistes ont du mal à admettre l'existence des étapes intermédiaires entre « inconsciemment incompétent » et « inconsciemment compétent ». Ils voudraient, par exemple, être déjà capables de faire des pirouettes et des sauts avec des rollers dès la première fois qu'ils les chaussent. Poussé à l'extrême, leur raisonnement est le suivant : « Mon fils, tu iras te baigner quand tu sauras nager ! » D’ailleurs, certains ont appris à nager à plat ventre sur un tabouret. Quelle torture !

 

Pour que vos apprentissages vous apportent un réel bénéfice, autorisez-vous à expérimenter de nouveaux comportements, quitte à vous sentir gauche, maladroit, à vous prendre en flagrant délit d'incompétence, sans jugement de valeur sur vous-même.

 

Bons apprentissages !

 

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Commentaires: 2
  • #1

    Baillet (mardi, 20 septembre 2022 13:19)

    J'en parlais hier.
    Je voulais une formation, me construire un projet professionnel.
    J'ais donc cité les quatre étapes ci-dessus pour illustrer ma position actuelle sur un sujet sur lequel je me documente et sur lequel je voudrais être formée... ce sont pas étapes connues apparement...

  • #2

    Arnaud Arnaud (jeudi, 22 septembre 2022 00:05)

    Merci Christel.
    Toujours aussi pertinent et accessible.
    A très bientôt j'espère