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#12 - Les relations dominants-dominés

Les relations dominants-dominés

Pouvoir et sabotage

En écoutant parler les gens, on se rend compte que si certaines causes les touchent ou les révoltent, les inégalités dans leur ensemble leur semblent naturelles et acceptables. Bien que le sexisme, le racisme, l’intolérance soient dénoncés régulièrement, bien que nous nous en défendions, nous avons tous nos a priori personnels sur les différences hommes - femmes, blancs - noirs, pauvres - riches, patrons - ouvriers, pays occidentaux – quart-monde, voire personnes vaccinées ou non vaccinées… Et c’est ce qui fait que les relations dominants-dominés ne sont pas près de s’arrêter.

 

Position haute ou position basse ?

Dans les rapports humains, les relations dominants-dominés sont bien plus fréquentes que les relations d’égal à égal. Ces relations inégalitaires sont les premières que nous ayons connues dans l’enfance avec nos parents qui nous dominaient et elles sont de ce fait familières et rassurantes à beaucoup d’entre nous. C’est pourquoi nous les acceptons souvent très bien. On pourrait croire que la position dominante, qui offre de nombreux avantages en matière de liberté et de pouvoir, soit la plus appréciée mais la plupart des gens qui vivent en position dominée y trouvent aussi un confort et une sécurité bien agréables. Quel soulagement de pouvoir déléguer à d’autres l’obligation de réfléchir, de choisir et de décider ! Du moins au début de la relation ! Car cela devient vite contraignant. De plus, les relations d’égal à égal nous ont été présentées comme de l’individualisme et de la compétition, c’est pourquoi elles rebutent beaucoup de gens qui n’imaginent pas qu’il puisse exister des relations de collaboration égalitaires et constructives. Mais les jeux de pouvoir ont leurs règles du jeu et leur coût caché qui va de l’inertie au sabotage.

 

A partir de la position dominante

Diriger efficacement des hommes nécessite un sens de l’humain et du management qui est loin d’être inné. Beaucoup de gens en position d’avoir du pouvoir sur les autres le font sans charisme et/ou sans formation. Quelquefois mal légitimés par leur direction (ou pas légitime du tout dans un couple ou dans un service qui a déjà son encadrement et c’est plus fréquent qu’on ne le croit !), ces dominants utilisent des méthodes qui vont générer une sourde hostilité chez les gens qu’ils cherchent à assujettir. Leur première gaffe : s’installer dans la position du maître et dicter les solutions sans empathie ni bienveillance. Ils vous le diront eux-mêmes, ça devient dur d’obtenir des résultats ainsi ! Alors ils mettent rapidement en route la deuxième méthode, tout aussi douteuse : mettre l’autre en accusation et le sommer de justifier son refus d’obtempérer pour mieux démonter ses arguments par des raisonnements faussement rationnels. Si le subordonné se défend, le rabaisser et dévaloriser son comportement pour miner sa confiance en lui sera l’étape suivante. Puis on verra apparaître les colères, l’intimidation, la bouderie, le chantage, les représailles qui auront pour but de faire le siège de la résistance de l’autre. Dans les cas extrêmes, la prise du pouvoir se fera par la force, des menaces à la violence psychologique ou physique.

Non, ne me dites pas que ce descriptif vous fait penser à quelqu’un que vous connaissez…

 

A partir de la position dominée

Depuis la position dominée, les stratégies sont plus défensives qu’agressives et elles visent essentiellement à obtenir quelques aménagements confortables et surtout à gâcher le plaisir de dominer du dominant. Premier exercice de style : éveiller la culpabilité latente chez celui qui a le pouvoir et qui sent bien que ce n’est pas très juste…

Montrer comme on souffre, comme le travail est dur, se plaindre sans relâche ou au contraire boiter héroïquement en grimaçant mais en affirmant que tout va très bien… Ensuite, on peut faire de la peine à l’autre pour se venger de lui. C’est assez simple, il suffit d’afficher une insatisfaction décourageante quels que soient ses efforts pour nous contenter. Finalement l’ancien téléphone fonctionnait mieux, ce nouveau bureau est glacé ou dans le cadre d’un couple, dénigrer les cadeaux et ignorer les petites attentions… Enfin, beaucoup de dominés font perdre du temps, de l’énergie ou de l’argent à leur dominant en créant des tensions, en faisant du sabotage. On peut casser, abimer, dégrader ou plus discrètement faire des gaffes redoutables. Oups, sorry ! Oublier de passer au pressing, acheter des denrées périmées, perdre ce courrier si important, se tromper dans les dates de réservation et ergoter, ergoter autant que cela est possible sur des points de détails insignifiants.

Ah ? Vous avez aussi reconnu une autre personne de votre entourage ? Comme c’est étrange !

 

Et entre égaux ?

Il arrive que deux personnes luttent pied à pied pour obtenir la position du dominant au détriment de l’autre qui la veut aussi. On assiste alors à une belle bataille rangée qui va être alimentée et arbitrée par des subordonnés ravis d’être aux premières loges et de jouer à « Battez-vous ». « Vous savez, Monsieur Ledurieux, Monsieur Belmont m’a accordé mes vacances comme je les voulais en juillet. J’étais embêté pour vous, mais il a dit que c’était pas vous qui décidiez de ça… Alors comme ça m’arrange bien comme ça, vous comprenez, j’ai pas dit non… » ou « Je m’en fiche, Papa, lui, il dira oui de toutes façons ! »

Non, incroyable ! Vous connaissez aussi des gens qui fonctionnent comme cela ? Quelle coïncidence !

 

Comment en sortir ?

Le pouvoir restera longtemps distribué assez inégalement pour que certains en aient plus que d’autres. Mais cette répartition du pouvoir est un aspect crucial dans la qualité de la relation. Il est épuisant de devoir décider et diriger seul(e) autant une entreprise qu’une famille. La charge de travail et de responsabilité est trop lourde. On finit forcément par en vouloir à celui, celle ou ceux qui semblent se prélasser en râlant dans la charrette que l’on tire.

Mais inversement, ne prendre aucune décision, devoir subir celles de l’autre génère à terme une immense frustration et l’on finit aussi forcément par en vouloir à l’autre. Selon des statistiques récentes, 30 % des employés les plus jeunes, ont du mal à s’acquitter d’une tâche à laquelle ils ne donnent pas de sens. Prendre le temps d’expliquer la politique de l’entreprise aux employés est devenu un investissement incontournable. Décider ensemble des projets familiaux en débattant à deux des besoins et des envies de chacun et de la façon créative dont on va les concilier est la meilleure des assurances anti-divorce. Alors quelles solutions ? Le dialogue, l’information, l’explication, la concertation, comme d’habitude…

Ah, vous ne connaissez pas grand monde qui y arrive ? Ca ne m’étonne pas beaucoup non plus !

 

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Commentaires: 1
  • #1

    Alexis GANTZ (jeudi, 09 septembre 2021 15:51)

    Je suis pour des relations d'adulte à adultes , pour le Ni Ni : Ni dominant Ni dominé. Ne pas vouloir dominer peut être vu comme un aveu de faiblesse par les dominants. Il faut alors les recadrer ! Comme judoka habitué à me défendre, j'essaie alors de faire chuter psychologiquement le dominant qui cherche à dominer autant de fois qu'il le faut.